LES FAITS
En 1692, à Salem Village (aujourd'hui Danvers), quelques jeunes filles, notamment Abigail Williams, Ann Putnam et Betty Parris, accusent certains concitoyens de les avoir envoûtées et d'être des sorciers ou des magiciens, alliés de Satan.
Afin de mieux comprendre ce que l'on a toujours appelé “Les procès des sorcières de Salem”, il convient déjà d'expliquer l'état d'esprit dans lequel se trouvaient les habitants de Salem et le climat qui régnait dans cette ville en 1692. Au 17e siècle, toute pratique de magie était interdite et même considérée comme relevant de la diablerie. A cette époque, il existait une forte croyance dans l'existence des démons et des forces du mal.
DÉBUT DE L'AFFAIRE
Durant l'hiver glacial de 1691-1692, Betty Parris et Abigail Williams, respectivement fille et nièce du révérend Samuel Parris, se mettent à agir d'une curieuse manière : elles parlent une langue inconnue, se cachent, traînent des pieds en marchant. Les médecins consultés ne parviennent pas à identifier le problème ; l'un d'eux conclut même à une possession satanique. Parris et les autres notables de la ville pressent Betty et Abigail, puis les autres jeunes filles atteintes de manière identique, Ann Putnam, Betty Hubbard, Mercy Lewis, Susannah Sheldon, Mercy Short, et Mary Warren, de nommer ceux qui les ont maudites. Les jeunes filles se décident alors à donner des noms.
Les trois premières femmes accusées sont Sarah Good, Sarah Osborne et Tituba. Sarah Good est une mendiante, fille déshéritée d'une aubergiste française qui s'était donnée la mort quand Sarah était adolescente, une femme louche : elle murmure quand on lui donne de la nourriture. Sarah Osborne est une vieille femme, alitée, qui a mérité la réprobation générale en captant l'héritage des enfants de son premier mari pour le remettre à son nouvel époux. Quant à Tituba, c'est l'esclave barbadienne (ou Ashantis) de Samuel Parris.
Les trois femmes sont officiellement accusées de sorcellerie le 1er mars 1692 et mises en prison. D'autres accusations suivent : Dorcas Good (la fillette de Sarah Good, âgée de 4 ans), Rébecca Nurse (une grand-mère malade et pieuse), Abigail Hobbs, Deliverance Hobbs, Martha Corey, ainsi qu'Elizabeth et John Proctor. Les prisons se remplissent progressivement et un nouveau problème surgit : sans forme légitime de gouvernement, les accusés ne peuvent être jugés. Sarah Osborn est déjà morte en prison sans avoir été jugée, Sarah Good a accouché d'une petite fille, plusieurs autres accusés sont malades. Environ 80 personnes attendent leur procès dans les geôles.
Pendant l'été, la cour est en session une fois par mois. Une seule accusée est relâchée, après que les jeunes accusatrices se rétractent à son sujet. Tous les procès se terminent par la condamnation à mort de l'accusé pour sorcellerie, aucun acquittement n'est prononcé. Seuls ceux qui plaident coupable et dénoncent d'autres suspects évitent l'exécution capitale. Elizabeth Proctor, et au moins une autre femme, bénéficient d'un sursis à exécution « parce qu'elles sont grosses » (« for the belly », enceintes) : quoique condamnées, elles ne seront pendues qu'après la naissance de leur enfant. Une série de quatre exécutions a lieu au cours de l'été, avec la pendaison de 19 personnes, au nombre desquelles : un ministre du culte respecté, un ancien policier qui a refusé d'arrêter davantage de prétendues sorcières, et trois personnes disposant d'une certaine fortune. 6 des 19 victimes sont des hommes ; la plupart des autres sont de vieilles femmes misérables.
Une seule des mises à mort ne s'accomplit pas par pendaison. Giles Corey, un fermier âgé de 80 ans, refuse de se défendre en justice. La loi prévoit dans ce cas l'application d'une forme de torture dénommée peine forte et dure, consistant à empiler une à une de larges pierres sur la poitrine du prévenu, jusqu'à l'écrasement ; après trois jours d'atroces douleurs, Corey meurt en persistant dans son refus de se défendre.
En juin 1692, plus de cent personnes avaient déjà été dénoncées par les deux jeunes filles. La première fut Bridget Bishop qui fut jugée et pendue le 10 juin 1692. Puis ce fut le tour de Rébecca Nurse, de Sarah Good et de beaucoup d'autres. Le tribunal siégea encore en septembre et prononça quinze condamnations, dans les trois jours qui suivirent le procès, les pendaisons eurent lieu.
La population commençait à douter de la véracité des dires des deux jeunes filles, surtout lorsque celles-ci dénoncèrent les juges, qui étaient considérés comme protégés par Dieu lui-même. La ville décida alors de suspendre le tribunal et de chercher des preuves avant de condamner les gens à mort.
ÉPILOGUE
Les procès en sorcellerie s'achèvent en octobre 1692, les accusés sont progressivement mis en liberté jusqu'au printemps suivant.
L'une des deux filles “souffrantes” déclara plus tard : “Nous avons fait ça pour nous divertir et nous nous sommes bien amusées”.
Au total ces deux jeunes filles, Élisabeth Parris et Abigail Williams pour “s'amuser” menèrent plus de 200 personnes innocentes devant la justice et en firent exécuter une trentaine.
CAUSE DE L'HYSTÉRIE
Plusieurs théories tentent d'expliquer pourquoi la communauté de Salem Village a explosé dans ce délire de sorcières et de perturbations démoniaques. Elles s'appuient sur des analyses fondées sur des faits de maltraitance d'enfants, ou de divinations tournant mal, d'ergotisme (le mal des ardents du Moyen-Âge, provoqué par l'ergot de seigle, qui contient une substance que l'on retrouve dans le LSD), de complot de la famille Putnam pour détruire la famille rivale Porter, ou encore s'élaborent sur le thème de l'écrasement social des femmes.
PERSONNAGES
Clergé protestant
Révérend Cotton Mather
Révérend Samuel Parris
Révérend Increase Mather
Révérend Francis Dane
Révérend Deodat Lawson
Révérend Samuel Willard
PRÉSIDENT DE LA COUR
Lieutenant gouverneur William Stroughton
JUGES ASSESSEURS
John Hathorn (grand-père de l'écrivain Nathaniel Hawthorne)
Samuel Sewall
Thomas Danforth
Bartholomew Gedney
John Richards
Nathaniel Saltonstall
Peter Sargent
Stephen Sewall, Clerk
Wait Still Winthrop
POSSÉDÉS
Ceux qui se plaignirent des faits de sorcellerie :
Sarah Bibber
Elizabeth Booth
Sarah Churchill
Martha Goodwin
Elizabeth Hubbard
Mary Lacey (fut aussi accusée d'être sorcière)
Mercy Lewis
Betty Parris
Bethshaa Pope
Ann Putnam, Jr.
Susanna Sheldon
Mercy Short
Mary Walcott
Mary Warren (fut accusée d'être sorcière quand elle se rétracta et affirma que les jeunes filles étaient des simulatrices)
Abigail Williams
ACCUSÉS
Cette liste n'est pas exhaustive. Il y eut entre 150 et 300 accusés de sorcellerie enregistrés, et peut-être plus encore qui ne furent pas emprisonnés :
Cne John Alden Jr.
Daniel Andrew
Sarah Bassett
Edward Bishop
Sarah Bishop
Mary Black
Dudley Bradstreet
John Bradstreet
Sarah Buckley
Richard Carrier
Candy, esclave de Salem
Mary Clarke
Sarah Easty Cloyce
Sarah Cole
Giles Corey
Mary Bassett DeRich
Ann Dolliver
Rebecca Eames
Mary English
Philip English
Abigail Faulkner
Ann Foster
Dorcas Hoar
Abigail Hobbs
Deliverance Hobbs
Elizabeth Howe
Mary Ireson
George Jacobs, Jr.
Margaret Jacobs
Elizabeth Johnson
Mary Lacey, Sr.
Mary Lacey (également possédée)
Sarah Osborne
Lila Mantion(disparue avant sa condamnation)
Lady Phips, épouse du gouverneur Phips
Susannah Post
Elizabeth Bassett Proctor
Tituba
Job Tookey
Hezekiah Usher
Mary Withridge
EXÉCUTÉS
Bridget Bishop - pendue, 10 juin 1692
Rev. George Burroughs - pendu, 19 août 1692
Martha Carrier - pendue, 19 août 1692
Martha Corey - pendue, 22 septembre 1692
Giles Corey - écrasé jusqu'à ce que mort s'ensuive, 19 septembre 1692
Mary Easty - pendue, 22 septembre 1692
Sarah Good - pendue, 19 juillet 1692
Elizabeth Howe - pendue, 19 juillet 1692
George Jacobs, Sr. - pendue, 19 août 1692
Susannah Martin - pendue, 19 juillet 1692
Rebecca Nurse - pendue, 19 juillet 1692
Alice Parker - pendue, 22 septembre 1692
Mary Parker - pendue, 22 septembre 1692
John Proctor - pendu, 19 août 1692
Ann Pudeator - pendue, 22 septembre 1692
Wilmott Redd - pendu, 22 septembre 1692
Margaret Scott - pendue, 22 septembre 1692
Samuel Wardwell - pendu, 22 septembre 1692
Sarah Wildes - pendue, 19 juillet 1692
John Willard - pendu, 19 août 1692
DÉCÉDÉS EN PRISON
Sarah Osborne
« Dr. » Roger Toothaker
Ann Foster
Lydia Dustin
nourrisson de Sarah Good

